Les firmes de recrutement et de services RH manipulent chaque jour une quantité impressionnante de données personnelles. CV, coordonnées, historique professionnel, attentes salariales, évaluations psychométriques, références… la liste est longue.
Pourtant, malgré l’entrée en vigueur progressive de la Loi 25 au Québec, force est de constater que le grand virage annoncé tarde à se matérialiser dans plusieurs organisations du secteur.
Un volume massif de données personnelles
Les firmes RH occupent une position particulière dans l’écosystème numérique. Elles collectent, stockent et partagent continuellement des informations personnelles sensibles.
Chaque candidature déposée sur un site d’emploi, chaque CV envoyé via une plateforme de recrutement ou chaque profil conservé dans une base de données interne représente une donnée personnelle soumise aux obligations de la Loi 25.
Dans certains cas, ces données sont conservées pendant des années, parfois sans que les candidats en soient pleinement conscients.
Des plateformes qui collectent beaucoup… mais expliquent peu
Malgré les nouvelles exigences en matière de transparence, plusieurs sites de recrutement continuent d’afficher des politiques de confidentialité floues ou difficilement accessibles.
Les formulaires de candidature demandent souvent une grande quantité d’informations personnelles, mais les explications sur l’utilisation, la durée de conservation ou le partage de ces données restent parfois limitées.
Or, la Loi 25 impose notamment :
- une transparence accrue sur la collecte et l’utilisation des données
- une justification claire des informations demandées
- des mécanismes de consentement adéquats
- une gestion structurée de la sécurité et de la conservation des données
Dans la pratique, ces principes ne sont pas encore toujours pleinement intégrés dans les processus de recrutement numériques.
La gestion des CV : un angle mort fréquent
Le CV représente probablement l’un des documents les plus riches en données personnelles : parcours professionnel, coordonnées, formation, parfois même des informations sensibles.
Pourtant, la gestion des CV soulève plusieurs questions :
- Combien de temps ces documents sont-ils conservés?
- Qui peut y accéder à l’interne?
- Sont-ils partagés avec des partenaires ou des clients?
- Les candidats peuvent-ils facilement demander leur suppression?
Dans plusieurs cas, ces réponses demeurent floues.
Un secteur qui devra accélérer
La Loi 25 ne vise pas à freiner les activités de recrutement. Elle vise plutôt à instaurer une culture de gouvernance des données plus rigoureuse.
Pour les firmes RH, cela signifie notamment :
- revoir les processus de collecte de candidatures
- encadrer la conservation des CV
- renforcer la transparence sur l’utilisation des données
- mettre en place une véritable gouvernance de la protection des renseignements personnels
Autrement dit, traiter les données des candidats avec le même niveau de rigueur que celles des clients.
Le vrai enjeu : la confiance
Dans un contexte où les candidats confient des informations très personnelles aux recruteurs, la confiance devient un élément central.
Les firmes RH qui prendront réellement la Loi 25 au sérieux auront un avantage : celui de démontrer qu’elles protègent les données des talents qu’elles souhaitent attirer.
Parce qu’au final, derrière chaque CV, il y a une personne — et ses données méritent d’être traitées avec la même attention que son potentiel professionnel.

